Nicolas J, 33 ans, Rôliste.

Publié le par ajajdr

Nicolas J, 33 ans, rôliste

 

J'ai toujours été un enfant, un adolescent puis un étudiant assez solitaire. Mais pas d'une solitude totalement choisie ni réellement épanouie. Mon problème principal était que je ne me sentais pas à l'aise avec les activités populaires ; à moins que cela ne soit dû au fait que je ne me sentais pas à l'aise avec les gens, au delà de 3 personnes... Je regardais en revanche beaucoup la télévision. En septembre 2002, j'entrais sur le marché de l'emploi, et malgré les grandes qualités que me prêtent mes parents, j'ai alors connu d'énormes difficultés à obtenir un emploi. J'ai emménagé en juillet 2003 à Auxerre, pour mon premier CDD, et c'est là que quelques mois plus tard j'ai découvert le « Jeu de Rôles » (notez bien : la catégorie de jeu de société que présentent la F.F.J.D.R., le GROG ou jdrtv, et non une activité différente portant le même nom, telles que les MMORPG du type de World Of Warcraft). Depuis, j'ai adopté ce loisir et il m'aide à progresser dans mes relations humaines. Le Jeu de Rôles est en effet une activité d'équipe, il porte de ce fait les mêmes valeurs éducatives que les sports d'équipe, plus connus. Pour moi, c'est presque un laboratoire expérimental, un atelier, un lieu d’entraînement, où j'agis et j'observe comment les autres agissent et réagissent. Comme pour tout loisir, le risque principal est que l'on ne joue pas, ou de façon peu joyeuse. Même si cela nous tient particulièrement à cœur, il n'y a donc pas de risque grave, comme par exemple perdre notre emploi.

Ceci dit, mes progrès ont été assez lent, notamment parce que pendant de nombreuses années, il n'y avait pas de club avec des séances régulières. En attendant, je jouais aux mêmes jeux de rôles, par Chat Vocal (avec la communauté virtuajdr.net, et un micro-casque sur la tête). Et finalement, j'ai trouvé le courage de fonder moi-même un club. Il a fallut encore attendre plusieurs mois pour que suffisamment de membres y adhèrent, puis apprennent à s'accorder. Nous avons maintenant (et depuis 2 ans) une séance de jeu - une séance de rire et de joie - par semaine.

Créer un club m'a projeté dans la vie associative et culturelle de ma ville, et m'a placé face à des responsabilités évidentes, avec une certaine obligation de participer à des réunions, de réaliser ou de lire des compte-rendus, de tenir des comptes officiels, d'être diplomate. Afin que le club est son activité « normale », mais aussi afin de mettre en place différents projets tout aussi facultatifs que chronophages...

Notre club est ouvert au public handicapé, et nous avons mené différentes actions en ce sens. C'est avec le public Déficient Visuel que nous avons le plus collaboré et que nous avons développé le plus d’éléments, comme en témoignent les pages dédiées sur le site enfant-aveugle, et les courtes vidéos mises en lignes (ici et ). Là aussi, ce projet m'a beaucoup enseigné sur les relations humaines ainsi que sur les bonnes façons d'être généreux (ce n'est pas aussi évident que cela en à l'aire).

De par ce travail bénévole dans le domaine du handicape, j'ai entendu parlé du poste d'AVSi (Auxiliaire de Vie Scolaire, Individuel). C'est un emploi précaire et sans avenir (au delà de 6 CDD d'un an, il n'y a plus de renouvellement) qui consiste à accompagner un enfant ou un adolescent handicapé, en milieu scolaire normal. Il y a rarement de temps complet, et c'est valorisé à hauteur du Smic horaire. J'ai finalement postulé. Ce n'est pas dans mon domaine professionnel, et donc cela va me compliquer la vie quand je devrais retourner dans mon domaine initial ; mais en attendant, c'est du travail... Et en fait, j'ai le sentiment d'avoir trouvé ma place sur Terre. Peut-être que ce poste sera professionnalisé dans les années à venir... Bref, l'an dernier, cela m'a permis de travailler 6 mois, et là je vais finir pour la première fois de ma vie, un CDD d'une année entière. Une année entière avec les mêmes collègues, les mêmes locaux et les mêmes missions professionnelles. Il y a un peu d'incertitude, mais je devrais avoir un autre CDD l'an prochain. L'aventure n'est pas encore terminée : j'ai encore des progrès à faire pour trouver un emploi durable et fonder une famille, mais je suis fier de mon évolution depuis 2002.

 

Pour conclure, le Jeu de Rôles m'a apporté et continue à m'apporter beaucoup : de la joie, du dépaysement, et du savoir-faire dans mes relations humaines... Et il n'y a là rien de mystérieux : tout loisir collectif en apporte autant ; et encore plus si comme moi on s'y investit en bénévole responsable.

 

Je rajouterais tout de même que j'ai pu lire par ailleurs que les rôlistes (les joueurs de jeu de rôles, donc) pouvaient faire ce qu'ils voulaient de leur personnage, et donc avoir un « sentiment de toute puissance ». C'est vrai et c'est faux. Les joueurs sont libres de leur actions, mais en subissent logiquement les conséquences. Les personnages peuvent avoir de super-pouvoirs (c'est plus amusant), mais ils ont aussi des points faibles. Mais surtout, surtout, il n'y a aucun sentiment de toute puissance à avoir ou à développer, car il s'agit d'un loisir collectif, et que si le joueur ne prend pas en compte les valeurs et les sensibilités des autres joueurs, le seul sentiment de toute puissance qu'il va ressentir, c'est la toute puissance de se retrouver tout seul, sans plus personne pour jouer avec lui. Et il n'aura alors plus qu'à changer de loisir. Le Jeu de Rôles donne donc une grande liberté d'action aux joueurs, mais il s'agit d'une liberté bornée par ce que les autres joueurs trouveront sympathique, ou inversement, insupportable.

 

Et je rajouterais enfin qu'il y a une grande variablilité dans la pratique du Jeu de Rôles : suivant les styles d'univers de jeu, les styles de scénarios, la complexité ou la simplicité des règles, les accessoires de jeu... Pourtant, j'ai croisé des rôlistes qui fesaint une sorte de ségrégation, de discrimination, au sein de ces pratiques, et donc au sein de leur pratiquant. Il est vrai qu'il n'est pas toujours évident de trouver des rôlistes avec qui on s'entend. Je crois que les différences les plus insurmontables concernent cependant les "sinergies de groupe". Personnellement, il faut absolument que les rôlistes avec qui je joue soient trés collaborateurs, respectueux et à l'écoute les uns des autres. D'autres aiment au contraire une dose de chamailleries, de conflits et de négociations. Enfin, on croise parfois des rolistes d'une trés longue expérience qui sont finalement relativement associaux. Tout ça pour dire que le Jeu de Rôles n'est pas un loisir universel (on a le droit de ne pas aimer, et surtout, de ne pas partager les mêmes gouts que la table de joueurs en présence), et surtout, si c'est bien un outil de sociabilisation, ca ne fonctionne pas systèmatiquement.

Publié dans Divers & Inclassables

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Véronique S 18/06/2012 10:52

Très bel article ; bienvenue un vendredi soir au club Aillantrécréajeux pour nous faire découvrir le jeu de rôle ? j'ai un jeune joueur très intéressé.... nous pourrions nous organiser à la rentrée
de septembre ..... qu'en dis-tu ? ludiquement ; Véronique S